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Centre de Documentation de la Fédération Nationale du Mérite Maritime et de la Médaille d'Honneur des Marins
  
  
Equipage de la Marine Marchande en escale aux U.S.A
La loi Mac Carran

Jusqu'en 1953, les équipages des navires escalant dans les ports américains étaient autorisés à débarquer sans formalité. Seuls les touristes et les immigrants étaient soumis au contrôle du service de l'immigration U.S.
La loi Mac Carran, l’immigration and nationality act, promulguée en juin 1952 est entrée en application le 24 décembre et le premier navire européen a être soumis aux nouvelles mesures de contrôle fut le paquebot " Liberté "

L’immigration and nationality act autorise les autorités policières à placer sous contrôle judiciaire les étrangers ayant des activités " subversives.

  
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Photo D.Jégou


Au départ du Havre le 17 décembre 1952, le " Liberté " avait embarqué un inspecteur des services américains chargé de préparer un questionnaire pour les premiers contrôles en vu de délivrer un visa.
Cet inspecteur voyageait en première classe et le bord avait mis un bureau à sa disposition. Au cours de la traversée, les membres de l'équipage furent invités à répondre au questionnaire établi par l'inspecteur :
- Dans l'interrogatoire qui va suivre, jurez-vous de dire toute la vérité, rien que la vérité? Répondez: " je le jure ".
- Quel est votre nom? - Vos lieu et date de naissance ?
- Etes-vous marié, célibataire ou divorcé ?
- Avez-vous déjà fait l'objet d'une mesure d'internement dans un hôpital, une maison de correction, un asile, une prison ou un hospice ?
- Avez-vous la tuberculose ou une maladie contagieuse ?
-Vous adonnez-vous aux stupéfiants ou avez-vous fait le trafic de stupéfiants de tous genres ou êtes-vous alcoolique ?
- Avez-vous commis ou avez-vous été inculpé de crime ?
- Avez-vous été trafiquant en matière de prostitution ou en tout autre trafic de caractère immoral ?
- Avez-vous fait l'objet d'une mesure d'arrestation d'exclusion ou de déportation des Etats Unis ?
- Etes-vous ou avez-vous été membre d'un syndicat ? Lequel ?
- Etes-vous maintenant ou avez-vous déjà été membre d'une organisation ou d'un parti communiste, ou à tendance communiste, ou propageant la cause communiste, ou avez-vous soutenu de telles doctrines par la parole, le vote ou l'action ?
- Avez-vous l'intention de retourner en France avec le bateau ?
Chacun avait été laissé libre de répondre ou non aux questions. Dans l'ensemble, le personnel ADSG répondit à toutes les questions, le pont et la machine refusa en majorité de décliner autre chose que leur identité.
A l'arrivée à New York, 272 membres de l'équipage furent consignés à bord. Parmi eux, le chef patissier qui pendant l'occupation avait été déporté en camp de concentration par les allemands. Un visa, valable pour vingt voyages fut accordé aux autres.
 
Il était de tradition d'organiser à bord, pour noël, une soirée équipage mais celle-ci fut plutôt morose.
Interrogé par la presse américaine, le commandant LEVÊQUE déclara:
J'ai à bord sous mes ordres, un excellent équipage avec lequel je n'ai jamais eu d'ennuis. Je n'ai aucune raison de m'attendre à des ennuis quels qu'ils soient à l'avenir. La sécurité du navire et des passagers prime tout?

Le même inspecteur devait retourner au Havre avec le "Liberté" pour embarquer le 13 janvier sur " L'île de France " pour une mission identique mais l'équipage du paquebot refusa de le ramener en France.
Par la suite, les visas, opposés sur le livret professionnel maritime ( fascicule) furent accordés par le consulat des Etats Unis au Havre pour une durée de quatre ans renouvelable. Chaque marin était en possession d'un "Sore leave" plastifié avec photo et numéro d'immatriculation sur la poitrine qu'il fallait présenter à chaque escale américaine aux officiers d'immigration.

A New York, les autorités embarquaient 1 heure avant l'accostage au pier 88, au niveau de la statue de la Liberté, cela leur permettait de gagner du temps pour le contrôle des passeports. Passagers et équipage y étaient soumis, les passagers "citizens" dans un salon, les "aliens" dans un autre. La libre pratique n'était donnée qu'après la fin de ces formalités.
Sur la ligne des Antilles, le contrôle des officiers d'immigration U.S était double. Nous touchions deux fois San Juan de Puerto Rico qui était notre premier port après la traversée transatlantique mais aussi le dernier avant le retour vers l'Europe. L'équipage n'avait pas changé mais nous devions repasser l'immigration.
D.JEGOU